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1982

La Bourse de l’imaginaire, la Bourse du Fait-divers

CENTRE GEORGES POMPIDOU, PARIS, JUIN 1982.
Une fois de plus il faut signaler ici l’énergie que l’artiste aura dû développer pour monter à lui seul cette installation sans appui de l’institution et avec même son obstruction permanente.

Sociologique  Communication 

Paris (FR)

Typologie: Dispositif

1982

La bourse de l'imaginaire

1982

La bourse de l'imaginaire

La bourse de l'imaginaire
1982
La bourse de l'imaginaire
La bourse de l'imaginaire
1982
La bourse de l'imaginaire

CENTRE GEORGES POMPIDOU, PARIS, JUIN 1982

Une fois de plus il faut signaler ici l’énergie que l’artiste aura dû développer pour monter à lui seul cette installation, sans appui de l’institution et avec même, sans doute par maladresse, son obstruction permanente.

A l’origine Forest à la demande d’un responsable du CCI (Centre de Création Industrielle) doit faire face au désistement d’une équipe étrangère qui devait occuper le trou central du rez-de-chaussée.

A la demande de X responsable au CCI aujourd’hui disparu, Forest est donc sollicité pour remplacer une équipe étrangère, avec un projet qu’il élabore rapidement. Son projet se nomme la « Fosse aux Lions, la fosse à l’information. » Il consiste à remplir le trou central du rez-de-chaussée de moyens audiovisuels divers dont les contenus lui sont fournis en temps réel par des Agences de presse notamment l’AFP (Agence France Presse), Reuter et l’Agence Tass. (A l’époque ce responsable du CCI n’est autre que le frère du Président de l’AFP…). Forest compte sur ce lien consanguin pour obtenir son accord de parrainage. http://problemata.org/fr/articles/226

Fred Forest élabore un projet avec de nombreux dessins qu’il remet entre les mains de ce responsable du Centre Pompidou. Malgré ses rappels incessants, ce responsable ne répond plus. Impossible pour l’artiste d’avoir le moindre retour… Forest dont on connaît le tempérament remonte alors le mors aux dents vers le Président du Centre Pompidou de l'époque : Jean-Claude Groshens. Il lui envoie à ce sujet une réclamation lui précisant qu’estimant que tout travail mérite salaire bien qu’aucun contrat n’ait encore été rédigé, il lui demande d’être réglé pour ce projet…

Deux mois passent et il reçoit, à titre de réponse, à sa réclamation un rendez-vous auprès de Blaise Gauthier responsable à l’époque au Centre de la « Revue parlée ».

Les premiers mots de ce dernier en guise d’accueil : « Monsieur je considère que vous avez déconsidéré l’art contemporain avec votre M2 ». Homme intelligent, Blaise finira par devenir un ami de Fred Forest lui proposant même un jour, en guise de RDV pris avec lui, de l’accompagner entre midi et deux heures au BHV où il doit faire l’achat d’un cadenas pour le poulailler de sa maison secondaire qu’il possède au Puy-en-Velay…

Bref, Forest comprenant que le Centre Pompidou ne lui financerait jamais une expo sur le M2 lui sort opportunément de son chapeau un autre projet « La Bourse de l’Imaginaire, la Bourse du Fait-divers » Et c’est là que notre brave Blaise Gauthier commet une erreur monumentale sachant que le Centre ne lui donnera pas un sous non plus pour ce projet, de lui signer un accord pour cette nouvelle exposition qu’il propose, en nommant même Forest comme commissaire de sa propre exposition.

La seule chose que je peux faire pour toi c’est de t’affecter un bureau ici et un téléphone ! Et ne reviens plus vers moi pour quémander autre chose. A cette époque les bureaux du Centre sont des bureaux paysagés, des espèces de box qui se jouxtent et dont les parois sont à peine à hauteur d’homme. Ce qui permet d’une façon bien pratique lorsqu’on est debout de converser avec les occupants du bureau voisin, ou de leur transmettre, de la main à la main, les dernières circulaires 😊

Donc à partir de cet instant j’ai pu agir à l’égal de n’importe quel membre du Centre Pompidou étant implanté là avec un téléphone et que mon interlocuteur soit le Pape ou le Président de la République… Pour me joindre, tous les deux devaient passer par le Standard du Centre, mais je restais moi-même l’artiste Fred Forest, sans rien changer à mon idée.

A partir du moment où j'avais obtenu cet avantage, j’ai commencé à convoquer dans mon bureau les représentants des principaux journaux Français qui m’étaient indispensables pour les associer à mon projet.

La plupart sont venus dont ceux de Libération, France soir, France Inter, Télérama etc. Je leur faisais remarquer avec ironie qu’aucun responsable du Centre ne s’était déplacé pour les recevoir tant ils jugeaient mon exposition mineure et sans intérêt.

(Je suis en mesure aujourd’hui de faire visionner ces vidéos à toute personne représentative, universitaire ou pas, effectuant un mémoire sur les problèmes de Pouvoir.)

Désirant moi-même régulariser cette situation de façon à entretenir des relations qui permettent à un commissaire d’exposition d’obtenir les moyens techniques et financiers nécessaires pour assurer une exposition dont il a été chargé.

Pour conforter donc mon exposition, j’ai invité les responsables du Centre à une réunion d’information sur mon projet : La Bourse de l’imaginaire.

Arrivant à cette réunion organisée à mon initiative, je suis étonné de l’accueil extrêmement froid des gens de Beaubourg qui sont là et qui me lisent une correspondance de Jean-Paul Pigeat le conseiller presse du Centre :

http://problemata.org/fr/articles/226

qui déclare que je ne peux organiser cette exposition car elle entre directement en concurrence avec  celle que le CCI prévoit de longue date.

Bref, je me lève aussitôt, et je retourne furieux dans mon bureau, pour y poursuivre coûte que coûte la préparation de mon action qui doit se dérouler dans un espace vide occupant les sous-sols, là où se trouve encore pour quelque temps « la petite salle » avant les travaux qui commencent fin 2004.

Ayant obtenu le bureau et son téléphone, puis, maintenant, ce grand espace pour mon expo, il me reste à trouver tous les fonds nécessaires afin que ma Bourse de l’Imaginaire puisse fonctionner comme je l’ai conçue…

Une amie récente dont je viens de faire connaissance dans un colloque m’apprend toute ravie qu’elle gère une petite boîte de com et qu’elle espère enlever un marché auprès du lessivier Henkel. Une multinationale énorme qui cherche à faire une action culturelle à Paris pour soigner son image. Mais cette amie a peu d’espoir de les convaincre car d’autres concurrents leurs proposent une exposition Fernand Léger au Musée d’art Moderne de la Ville de Paris. Quand je lui explique mon action de la Bourse elle n’y croit pas, mais au dernier moment, elle me propose de me joindre à leur réunion qui sera conduite par un groupe de responsables Allemands qui se déplacent spécialement à Paris pour prendre des décisions à ce sujet... (Le Conseil d’administration d'Henkel est Allemand et se trouve à Dusseldorf). 

Face à eux, la magie qui intervient chaque fois en ma faveur portée par ma propre conviction arrive - chose incroyable - à ce qu’ils laissent tomber le projet Fernand Léger et optent pour le mien ! Cela, après m’avoir, deux heures durant, mis sur le gril en me posant mille et une questions chacun. Le PDG Henkel France, pendant le vernissage, lors de son allocution a déclaré : « Si certains se posent la question  de savoir pourquoi nous avons opté de faire cette expo avec Fred Forest c’est simplement qu’il est comme nous, un véritable  entrepreneur ! »

Peu de temps après, le Centre Pompidou, qui ignorait l’acceptation d’Henkel, refusait le catalogue que je leur demandais d’éditer.  Avec un ami et collègue de l’Ecole d’art de Cergy, Stéphane Chollet, nous nous mettions à la tâche dare dare et sortions juste à temps, 10.000 exemplaires flambants neufs de chez l’imprimeur ! Le problème qui restait entier, était maintenant celui de leur expédition …

Qu’à cela ne tienne, dis-je d’emblée à mon ami et collègue, faisant confiance à ma bonne étoile… La solution fût toute trouvée ! Mon bureau maintenant permanent au Centre Pompidou se trouvait à côté d’une espèce de banque du courrier de départ où le personnel venait jeter tout le courrier en partance. Comment ai-je pu, ne pas y penser avant ? ? ?

Tous les jours, j’y venais donc y mettre une dizaine d’exemplaires, puis, comme le stock à épuiser était encore grand et le temps imparti de plus en plus court, j’en ai augmenté progressivement le nombre journalier. Jusqu’au jour où, patatras ! une circulaire adressée au personnel par un responsable du Centre protestait avec véhémence pour avoir reçu un catalogue émanant du Centre lui-même ! Payer une taxe postale pour un trajet aussi court lui semblait, à juste titre, une aberration sans nom…

Il a bien fallu écorner avec regret, le budget faramineux mis à notre disposition par Henkel pour régler, par ailleurs, l’expédition des catalogues restants…

Concept

" La Bourse de l’imaginaire, la Bourse du fait divers " a pour objectif de tester les potentialités créatives du public dans une situation d’interaction.
Nous pouvons constater que dans les faits divers publiés dans la presse populaire, les thèmes de ces derniers ne sont pas étrangers aux sujets et aux mécanismes de l’art lui-même. La mort, l’angoisse, le plaisir, la sexualité, la transgression, l’insolite, voire l’absurde, en constituent les contenus essentiels.
Dans la situation que Forest met en place il s’agit de procéder à un " déplacement " de l’objet " fait divers " d’un champ vers l’autre, avec pour présupposé que le fait divers serait dans (et par) sa réduction même l’art du pauvre… De monter le tout dans une mise en scène quelque peu parodique qui calque son modèle sur les mécanismes et les rituels des cotations en bourse.
Il s’agit donc bien à partir du matériau choisi et désigné comme relevant d’une " production " de presse, de suivre sa perception au travers de différents contextes et manipulations.

Dispositif

Durant cinq semaines " La Bourse de l'Imaginaire " et son dispositif visent à instaurer un vaste jeu d'échange et de création de " faits divers " à l'échelle nationale.
Des équipements de communication divers sont mis en scène dans un décor approprié : batteries de lignes téléphoniques, répondeurs automatiques, télex d'agences de presse, télécopieurs, photocopieurs, régie vidéo, télématique, installations radio, cimaises d'exposition, tableaux d'affichage pour les cotations journalières, podium d'improvisation, espace de traitement du courrier...
Par la presse (presse écrite, radio, T.V.) le public national est invité à " inventer " des faits divers et à en adresser les textes au Centre Georges Pompidou par voie postale et téléphonique. Sur place, le public du Centre dispose d'installations équipées pour la rédaction des faits divers : machines à écrire, matériel de bureau, tables individuelles. Une équipe d'animation et de gestion de l'information de quinze personnes fonctionne en continu 24 heures sur 24, procède à la collecte des faits divers émanant des différentes sources, à leur présentation matérielle sur les cimaises, à leur classement et archivage, à leur saisie à l’aide d’une banque de données informatiques. Cette même équipe assure la ventilation et l'acheminement de certains d'entre eux vers différents supports de la presse écrite qui les publie quotidiennement. Ponctuellement des opérations de distribution de " faits divers " sont organisées dans le Centre, mais aussi à l'extérieur, dans Paris, sous forme de tracts à la sortie des métros, dans les grands magasins, dans différents lieux publics, à la Bourse elle-même…

Médias participant à l'opération

France-Soir, Libération, La Dépêche du Midi, La Tribune de Lausanne, La Vie Catholique, Le Monde, Autrement, Qui ? Police, Le Matin, TF1, la R.T.B., France-Inter, France Culture, l'Agence Centrale de Presse, les Nouvelles Littéraires.

Les moyens médiatiques mis en œuvre assurent à l'action imaginée par Forest, un énorme retentissement et, par voie de conséquence, selon son pari, une très large participation populaire. Un numéro téléphonique national, créé pour la circonstance, qui donne chaque jour le " fait divers " ayant obtenu la plus haute côte du marché, reçoit jusqu'à 8 000 appels quotidiens !

La "Bourse de l'Imaginaire" proposée comme concept artistique témoigne d'une œuvre de type particulier qui relève des réseaux de communication où le public s'implique dans une relation de participation interactive. Ce type d'œuvre, accordé à la sensibilité contemporaine, traduit d'une façon exemplaire, l'adaptation des formes artistiques à l'évolution des mentalités et des techniques.

Bourse de l'imaginaire - Catalogue Centre Pompidou
Bourse de l'imaginaire - Catalogue Centre Pompidou

 

Bourse de l'imaginaire - Catalogue Centre Pompidou
Bourse de l'imaginaire - Catalogue Centre Pompidou

 

1982 Bourse de l'imaginaire
1982 Bourse de l'imaginaire

 

1982 Bourse de l'imaginaire France Soir
1982 Bourse de l'imaginaire - France Soir

 

1982 Bourse imaginaire Texte FF Photo 01 INA24
1982 Bourse imaginaire - Texte FF Photo 01 INA24

 

1982 Edgar Morin FF
1982 Edgar Morin FF

 

1982 Libé Bourse
1982 Bourse de l'imaginaire -  Libé

 

Biographie longue de Fred Forest

Fred Forest a une place à part dans l’art contemporain. Tant par sa personnalité que par ses pratiques de pionnier qui jalonnent son œuvre. Il est principalement connu aujourd’hui pour avoir pratiqué un à un la plupart des médias de communication qui sont apparus depuis une cinquantaine d’années. Il est co-fondateur de trois mouvements artistiques : ceux de l’art sociologique, de l’esthétique de la communication et d’une éthique dans l’art.

Il a représenté la France à la XIIème Biennale de São Paulo (Prix de la communication) en 1973, à la 37ème Biennale de Venise en 1976 et à la Documenta 6 de Kassel en 1977.

EXPOSITION AU CENTRE POMPIDOU DU 24 JANVIER AU 22 JUILLET 2024

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