• fr
  • en

Préfaces

See the Prefaces in English

Fred Forest, ou l'art de l'implication

Pierre Lévy (Paris, Janvier 1995)
Philosophe

Depuis au moins quelques siècles en Occident le phénomène artistique se présente à peu près comme suit : une personne (l'artiste) signe un objet ou un message particulier (l'œuvre) que d'autres personnes (les destinataires, le public, les critiques) perçoivent, goûtent, lisent, interprètent, évaluent. Quelle que soit la fonction de l'œuvre (religieuse, décorative, subversive.) et sa capacité de transcender toute fonction vers le noyau d'énigme et d'émotion qui nous habite, elle s'inscrit dans un schéma de communication classique. L'émetteur et le récepteur sont nettement différenciés et leurs rôles parfaitement assignés.

Or l'environnement technoculturel émergent suscite le développement de nouvelles espèces d'art, ignorant la séparation entre l'émission et la réception, la composition et l'interprétation. Certains artistes, comme Fred Forest, ont exploité le possible ouvert par la mutation en cours, ont travaillé à déployer la variété de ses richesses. Ce possible est fragile : il pourrait très bien se refermer un jour. Mais il pourrait aussi représenter l'avenir de la création artistique, ou plutôt son au-delà. Cette nouvelle forme d'art (ou de non-art, mais par convention nous continuons à employer l'ancien vocabulaire) fait expérimenter à ce qui n'est justement plus un public, d'autres modalités de communication et de création.

Au lieu de diffuser un message vers des récepteurs extérieurs à la démarche de création, invités à donner sens après coup, l'artiste tend ici à constituer un milieu, un agencement de communication et de production, un événement collectif qui implique les destinataires, qui transforme les herméneutes en acteurs, qui met l'interprétation en boucle avec l'action collective. Sans doute les " œuvres ouvertes " préfigurent-elles déjà une telle orientation. Mais elles restent encore prises dans le paradigme herméneutique. Les récepteurs de l'œuvre ouverte sont invités à remplir les blancs, à choisir entre les sens possibles, à confronter les divergences entre leurs interprétations. Mais il s'agit toujours de magnifier et d'explorer les virtualités d'un monument inachevé, de parapher un livre d'or sous la signature de l'artiste. Or l'art d'implication ne constitue plus l'oeuvre au sens classique, même ouverte ou indéfinie : il fait émerger des processus, il veut ouvrir une carrière à des vies autonomes, il introduit à la croissance et à l'habitation d'un monde. Il nous insère dans un cycle créateur, dans un milieu vivant dont nous sommes toujours déjà les coauteurs. Work in progress ? Il déplace l'accent du work vers le progress. On rapportera ses manifestations à des moments, à des lieux, à des dynamiques collectives, mais non plus à des personnes. C'est un art sans signature.

Dès la fin des années 60, Fred Forest fabrique des " machines à impliquer " . Ces machines invitent les gens à participer à une aventure, à se faire eux-mêmes créateurs avec d'autres. Des morceaux de leurs propres images, des traces de leurs gestes sont intégrés aux flux informationnels qui traitent la disposition de la communication. Il n'y a plus de " spectateurs " séparés, distanciés. Au contact du dispositif, les personnes sont aspirées à l'intérieur d'un événement commun, pris dans un processus qui se nourrit de leurs réactions. C'est grâce à cette utilisation de l'énergie vivante des participants que parfois un être autonome échappant totalement au montreur de dispositif finit par émerger. Communiquer, c'est créer de la communauté. Le résultat (idéal) de l'acteur (attendu) des événements suscités par l'art d'implication sont des intellectuels ou des " imaginants collectifs ".

Les dispositifs de communication de Fred Forest ne sont pas faits pour diffuser mais essentiellement pour écouter. Art du blanc : soudain la télé et la radio écoutent, les pancartes ne comportent aucune inscription, la bande vidéo est vierge, le journal vous demande d'écrire, l'écran se troue. L'événement arrive par le silence provoquant de la diffusion, par la déchirure de l'exposition.

Certes, on trouvera de l'émission dans les montages de Fred Forest mais ce ne sera la plupart du temps que pour remplir l'une des trois fonctions suivantes : tourner en dérision les émetteurs sourds, provoquer la réponse ou restituer ce qui a été écouté. Au moment de la restitution nous comprenons pourquoi le message était blanc, se dérobait : l'oeuvre logeait dans la réponse collective et nullement là où nos réflexes l'attendaient. Telle pourrait être la formule de " l'art de l'implication " : susciter l'oeuvre au lieu de l'imposer.

L'œuvre " tient " toute seule, elle possède une certaine densité d'existence. L'oeuvre est là où surgit le réel. Elle tend à l'autonomie. Cette approche ne limite plus l'oeuvre aux messages paroles ou formes stables. Deviennent aussi des oeuvres les événements, processus, situations, climats affectifs, dynamiques de groupe, configurations spatio-temporelles éphémères, etc. Si les dispositifs de Fred Forest travaillent l'étendue, le degré et la qualité d'implication des personnes, c'est au bout du compte pour faire émerger une situation risquée, non contrôlée, ouverte, où pourra se déployer une dimension de l'autonomie.

Écouter et restituer constitue sans doute le double geste psychothérapeutique par excellence. Seulement si l'on admet son pouvoir de soigner, on peut mettre en doute ses vertus esthétiques. Mais prenons garde de ne pas appliquer les critères de jugement de l'oeuvre classique à l'art de l'implication. Le but n'est pas d'évaluer ou de goûter un message séparé, mais de vivre une situation, de participer à un événement. Ou plutôt, on ne peut goûter cette oeuvre qu'en y participant et donc en s'en faisant partiellement l'auteur. Ou bien l'on est impliqué (et alors partiellement responsable), ou bien on y a pas du tout accès en ce qu'elle propose d'essentiel : on n'en aura qu'une connaissance par ouï-dire.

À proprement parler, l'œuvre n'est donc même pas dans le dispositif de communication. Il faut penser ce dispositif comme brèche dans l'inertie du quotidien, vide au sein duquel une dynamique collective pourra surgir. À mon sens Fred Forest parvient au sommet de son art lorsqu'il réussit à susciter de véritables intelligences collectives. Surmontant la séparation organisée par les médias et les institutions, les personnes impliquées dans ses montages communicationnelles vont se concerter, se coordonner, inventer et jouer ensemble, fabriquer soudain de la communauté, voire comme dans les " miradors de la paix ", faire entendre une voix collective.

Forest ne nous montre pas la terre des hommes vue d'en haut, photographiée par un satellite. Il nous appelle à en mesurer le diamètre activement, à nous donner la main par téléphone, à danser autour du monde une ronde électronique. Lorsque nous avons participé à certaines de ses installations téléphoniques c'est un peu comme si nous avions tenu, tous ensemble, la terre entre nos bras mesurant sa rotondité de notre chair collective.

On espère que la voie de recherche inaugurée par Fred Forest et quelques autres ménera un jour à des formes d'art inouïes qui nous feront encore progresser dans la constitution d'intellectuels ou " d'imaginants collectifs ". En particulier les ressources du cyberespace nous permettront peut-être de susciter des communautés capables de forger des langages . À cet égard l'œuvre classique est comme un pari. Plus elle transmute le langage qui la porte, qu'il soit musical, plastique, verbal ou autre, plus son auteur court des risques : incompréhension, absence de reprise. Mais plus la mise est importante - le degré de refonte ou de fusion auquel on fait parvenir le langage - plus le gain est attrayant : fait événement dans l'histoire de la culture. Or ce jeu de langage, ce pari sur la compréhension et la reconnaissance n'est pas réservé qu'aux artistes. Chacun à son échelle, dès que nous nous exprimons, nous produisons, reproduisons et faisons varier le langage. D'énoncés singuliers en écoute créative, les langues émergent et dérivent ainsi dans le long cours de la communication, portées par des milliers de voix qui s'interrogent et se répondent, se risquent, se provoquent et se déçoivent, lançant des mots, des tournures, des accents nouveaux au-dessus de l'abîme du non-sens. Un artiste peut donc, lorsqu'il s'en empare, faire évoluer un mode d'expression reçu des générations précédentes. Telle est d'ailleurs une des principales fonctions sociales de l'art : participer à l'invention continue des langues et des signes d'une communauté. Mais le créateur d'un langage est toujours un collectif.

Radicalisant la fonction classique de l'œuvre, l'art d'implication pourra mettre en tension des groupes humains et leur proposer les machines de signes qui vont leur permettre d'inventer leurs langages. Mais, dira-t-on, ces langages nous les produisons depuis toujours. Sans doute, mais à notre insu. Pour ne pas trembler devant notre propre audace, pour masquer le vide sous nos pas, ou peut-être seulement parce que cette aventure était si lente qu'elle en devenait invisible, ou parce qu'elle enveloppait trop de foule en marche, nous avons préféré l'illusion du fondement. Mais nous avons payé cette illusion par le sentiment de la défaite. En défaut face à la langue de Dieu, excédés par la transcendance du Logos, exsangues au regard des jaillissements inspirés de l'artiste, imparfaits selon la correction des écoles, portant le poids des langues mortes, nous défaillons devant l'extériorité du langage. Nous l'avons déjà suggéré, l'art de l'implication se veut thérapeutique. Il invite à expérimenter une invention collective du langage qui se connaîtrait comme telle. Ce faisant, il pointe vers l'essence même de la création artistique.

Sortis du bain de leur vie et de leurs intérêts, loin de leurs zones de compétence, séparés les uns des autres, les individus " n'ont rien à dire ". Toute la difficulté consiste à les saisir - au sens émotionnel comme au sens topologique - en groupe, à les engager dans une aventure où ils prendront plaisir à imaginer, à explorer, à construire ensemble des milieux sensibles. Même si les technologies du direct et du temps réel jouent leur partie dans cette entreprise, le temps propre du collectif imaginant déborde de tous côtés la temporalité hachée, accélérée, quasi ponctuelle de " l'interactivité ". L'insuffisance de l'immédiat, du zapping sans mémoire, ne nous renvoie pas non plus aux longues chaînes de l'interprétation, à la patience infinie de la tradition qui enveloppe dans la même durée les âges des vivants avec ceux des morts, et qui fait travailler l'eau vive du présent à l'édification d'un mur contre le temps : comme les madrépores élèvent des récifs de corail, les commentaires, strate après strate, se transforment toujours en objet de commentaires.

L'art de l'implication ne tient pas pour acquis ni le temps ni l'espace. Et pour cause : il les produit. On verra dans la démarche que développe Fred Forest comment tous les artifices de la communication sont convoqués pour croiser les temporalités hétérogènes, évoquer d'impossibles uchronies, susciter des simultanéités équivoques, ourdir entre les durées d'inextricables circularités. Dans telle installation, ce qu'on croyait passé. se révèle présent. Là, le présent était déjà du passé. Ici le futur semble agir sur le présent. Ailleurs, les époques s'interpénètrent et se colorent mutuellement. On parcourra cette rétrospective en ligne de Fred Forest comme un manuel d'alchimie spatio-temporelle.

Nous l'avons dit, l'art de l'implication ne vise pas l'œuvre au sens classique mais l'événement. Il valorise le présent, l'éphémère, la jouissance, la vie. Mais paradoxalement cette orientation s'accompagne d'une sorte d'obsession de la trace. La trace est comme l'ombre de l'événement. Et Fred Forest semble s'ingénier à mettre en évidence cette part obscure de l'action : la fascination de l'enregistrement quand on a renoncé à la mémoire. Par passage à la limite, l'événement peut justement se réduire au vécu d'un événement comme trace, ou pour la trace. Dès qu'il se connaît cendre, le feu ne brûle plus de la même flamme. Son avenir du passé vient ronger le présent. l'enregistrement finit par tout conditionner. La possession de l'objet (d'art ?) se substitue à la jouissance éphémère. Et finalement, par-delà tous ses trafics de temporalité, Forest semble viser un temps très archaïque, un temps d'avant l'histoire, un retour à cette époque où des rituels (magiques, religieux, artistiques ?) faisaient les saisons, les années et les cycles. Comme si nous étions de nouveau en cet instant fabuleux, avant les origines, où l'histoire n'a pas encore commencé de couler.

L'événement collectif relève toujours pour une part d'un temps subjectif, émergent " hors du temps " qu'il est impossible de rapporter à la montre ou au calendrier. La visée ultime de l'art de l'implication est peut-être de cultiver ce temps de la subjectivité collective. Pour un art de l'avenir, le rythme de " l'imaginant collectif " suscité par l'événement ressemblerait à celui d'une danse très lente. Il relèverait d'une chorégraphie au ralenti, où les gestes s'ajustent peu à peu, se répondent avec infiniment de précaution, où les danseurs découvrent progressivement les tempi secrets qui vont les mettre en phase, les décaler. Chacun apprendrait des autres l'entrée dans une synchronie tranquille, tardive et compliquée. Le temps du collectif intelligent se déploierait, se brouillerait et se reprendrait calmement, comme le dessin recommencé du delta d'un grand fleuve. L'imaginant collectif naîtrait de prendre le temps d'inventer la cérémonie qui l'inaugure. Et ce serait du même coup la célébration de l'origine et l'origine elle-même, encore indécidée.

Au regard de la montre ou du calendrier, la temporalité de " l'imaginant collectif " pourrait sembler différée, interrompue, éclatée. Mais tout se jouerait dans les replis obscurs, invisibles du collectif : la ligne mélodique, la tonalité émotionnelle, le battement secret, les correspondances, la continuité qu'il nouerait au coeur même des individus qui le composent. L'art de l'implication découvre l'amont de la musique. Comment faire s'élever une symphonie à partir de la rumeur du multiple ? Comment passer - sans partition préalable - d'un bruit de foule à un choeur ? L'intellectuel collectif remet en jeu continûment le contrat social, il maintient le groupe à l'état naissant. Paradoxalement cela demande du temps, le temps d'impliquer les personnes, de tisser les liens, de faire apparaître les objets, les paysages communs. et d'y revenir. Une durée et des moyens dont ne dispose pas aujourd'hui l'artiste de l'implication. Ayant rempli merveilleusement sa fonction d'éclaireur, d'éveilleur, ayant désigné les possibles, il passe le relais. Qui le saisira ? Il demande qu'on élargisse le cercle des danseurs. Qui acceptera de lâcher prise ?

Pierre Lévy

Introduction par Rossella Cillani et Nicolas Ballet, commissaires du Centre Pompidou

Fred Forest est né à Mascara, en Algérie, le 6 juillet 1933. Pionnier de la vidéo, dont il est l’un des tout premiers artistes à se saisir en France, il a consacré sa carrière à l’exploration artistique des technologies des médias. Docteur d’État à la Sorbonne et professeur en sciences de l’information et de la communication, il sera l’un des fondateurs du collectif d’art sociologique, avec Hervé Fisher et Jean-Paul-Thénot, ainsi que de l’esthétique de la communication, qu’il conçoit avec Mario Costa. S’il développe sa première connaissance des réseaux en tant que contrôleur des postes et télécommunication, et utilise la vidéo dès 1967, sa pratique touchera également la presse, la radio, les réseaux télématiques, le net art, la réalité virtuelle ou encore les NFT. Le travail de Fred Forest interroge tout d’abord la manière dont ces technologies transforment notre environnement, utilisant, de manière volontiers provocatrice, la démarche artistique comme véritable acte social. Ses expériences participatives comme Space – média (1972) ou Télé-choc-télé-change (1975) renversent le rapport entre média et spectateur, en engageant ce dernier à se voir non plus comme récepteur passif de l’information, mais comme acteur de sa propre conception. Fred Forest explore ainsi le potentiel artistique et émancipateur des technologies de la communication, et les limites du rapport de pouvoir qu’elles instaurent sur l’individu. 

À partir de nombreuses actions réalisées en France et à l’international, cette exposition propose de parcourir un ensemble d’archives numériques et physiques de l’œuvre de Fred Forest qui, depuis les années 1960, a accompagné de manière systématique l’évolution des nouveaux médias. 

Rossella Cillani, Nicolas Ballet et le service Nouveaux médias/Mnam-Cci,
Centre Pompidou

PRESENTATIONDE par FRED FOREST DE SON EXPOSITION au 4ème étage du Musée dans les espaces des Nouveaux médias avec pour titre :

Fred Forest ; Artiste, stratège de la communication, des médias et des réseaux, pionnier de l’art vidéo, de l'art numérique et de la blockchain.

Du 24 Janvier au 22 Juillet 2024 au Centre Pompidou Espace des Nouveaux médias

Fred Forest est un artiste hors du commun. Bien qu’ayant représenté la France à la XIIème Biennale de Sao Paolo en 1973, à la Biennale de Venise en 1976 et à la Documenta 6 en 1977, il a toujours été considéré comme un marginal du fait de son refus drastique de participer au marché tout au long de sa vie, et ce, pour des raisons purement éthiques. Aujourd’hui à 90 ans n’ayant jamais baissé les bras, il est en passe par la force des choses que soit reconnu son profil tout azimut de précurseur à l’échelle mondiale dans les domaines de la vidéo, des expériences de presse  (Presse écrite, radio, télévision, réseaux sociaux). Ses usages comme tout premier artiste de la télématique, du minitel, des journaux déroulants à diodes électroniques lumineuses, de l’Internet, de la Réalité Virtuelle, de Second Life, des Métavers, des NFT et de l’IA.

Cette exposition que vous visitez en ce moment est le résultat d’un long processus de sa pensée qui au final a abouti à choisir pour sa présentation la forme la plus radicale qui soit : LA DISPARITION DE L’OBJET. La forme aussi la plus exhaustive de son œuvre pléthorique qui est présentée avec la création de son site web d’archives : https://www.fred-forest-archives.com/ comme seul « objet » finalement de cette exposition… Ce site constitue, en effet, le contenu principal de la présente exposition dans l’espace Nouveaux médias.

«Cette forme radicale que j’ai choisie » nous dit-il, est délibérément en rupture avec la tradition immémoriale des Musées, où depuis la nuit des temps on s’efforce de présenter, accrochés sur des cimaises, dans des vitrines ou sur des socles, des objets matériels tangibles. Ce concept a pris forme chez moi en 2006 lors de la XXVIIème Biennale de Sao Paulo sous le nom de Biennale 3000 pour faire suite à la XIIème Biennale 2000, que j’ai créée en 1975, afin de m’opposer à la Biennale officielle pour des raisons politiques et éthiques. La désignation des artistes participants ne répondant qu’à des choix arbitraires, faits exclusivement par les institutions et le marché de l’art, ne consultant nullement les artistes, pourtant les premiers intéressés. Ces derniers ont plébiscité largement la Biennale 3000.

Démontrant ainsi qu’un artiste était capable, à lui seul, sans moyens financiers et institutionnels de rivaliser avec une institution étatique. Il s’agissait déjà d’une Biennale exclusivement en ligne qui a fonctionné par elle-même une quinzaine d’années, avant d’être détruite par des Hackers débiles.

Cette « immatérialité » mise déjà en exergue dans l’art chez un artiste comme Yves Klein, comme me le disait mon ami Pierre Restany, trouve chez moi un champ d’application plus large au plan politico-social avec l’évolution des techniques et l’idée de généralisation de l’exposition en ligne. Ce qui, de surcroît soulage l’économie et s’avère vertueuse, écologiquement parlant, évitant des transports inutiles et intempestifs d’œuvres à travers le monde pour le plaisir de quelques privilégiés… 

Un type d’exposition dont je pourrais, ajoute-t-il, me targuer d’avoir été l’un des précurseurs, pour l’avoir conçue, réalisée et introduite en France, malgré toutes les résistances internes vous imaginez bien, mais grâce à l’ouverture d’esprit d’un Laurent Le Bon, Président actuel d’un grand Musée national. Ce qui fût le cas également en 2017 lors de ma rétrospective au Centre Pompidou, où seul son Président de l’époque, Alain Seban, l’avait soutenue contre tous ses conservateurs... Des conservateurs, méritant bien ce nom, eux qui ont souvent ignoré son travail avec superbe signalant ainsi leur inadaptation à un monde toujours en évolution, nous dit-il encore.

« Je vous la présente en conséquence cette exposition, ajoute-il comme étant d’une façon vraisemblable, la première exposition officielle du genre jamais réalisée à notre connaissance dans un musée de cette importance, et exclusivement en ligne ».

Celle-ci prend naissance sous un titre choisi par l’institution :
« Fred Forest et les technologies de l’information : archives de projets vidéos et numériques »

Elle s’étend de l’année 1962 à l’année 2024 avec plus de 246 actions et 296 vidéos on line. Il m’aura fallu beaucoup d’énergie, de stratégie, voire de ruse, pour arriver là où je vous parle aujourd’hui. J’invite mes collègues artistes à reprendre confiance. Qu’ils sachent que le monde leur appartient à la seule condition de le vouloir fortement... Si je n’avais pu, de mon vivant convaincre autant que je l’aurais désiré et faire des émules, je sais que dans les générations futures, ils sont là, nombreux, prêts à prendre la relève pour rendre leur dignité aux artistes face à un marché dont la spéculation et les arbitraires faussent les valeurs.

Enfin, ne nous quittez surtout pas sans avoir fait don de l’un de vos deux pieds à la BANQUE DU PIED.
Au moment même où il ferme son bâtiment principal pour travaux, j’offre, nous dit-il  encore, au Centre Pompidou une « extension » participative sans limite de son public habituel  à travers les réseaux mondiaux. Une opération de marketing exceptionnel et sans aucun frais d’agence ;-). Un cadeau de plus de l’artiste au Centre Pompidou après celui qu’il lui a fait, il y a quelques mois, grâce au don pour ses collections permanentes de son NFT  https://nft-archeology.org (d’une valeur inestimable car c’est avec cette œuvre qu’en 1996 j’ai anticipé 15 années en avance le concept des NFT avec la vente de son code sous le marteau de Maître Binoche à Drouot). Nous multiplierons ainsi à l’infini par notre projet la surface du Centre Pompidou en mètres carrés, consistant à créer un Territoire illimité. Illimité par votre imagination, votre sens du disruptif et du ludique. L’appropriation d’un Territoire se faisant pour tout être humain après sa naissance, par ses premiers pas, qui lui font découvrir le monde. Vous entrerez vous-même, le pied en avant, dans l’art ayant la possibilité de participer pour la première fois sans doute, à une exposition collective au Centre Pompidou. Vous déplaçant vous-même au Centre Pompidou, ou aussi à distance depuis chez vous, que vous habitiez New York, Osaka ou Carpentras … où vous disposerez de tout le temps nécessaire pour réaliser une œuvre véritable en habillant votre pied dessiné, de toutes les formes et les couleurs de l’arc-en-ciel. (Des informations factuelles suivront à ce sujet)

Encore une nouveauté introduite avec cette « œuvre-réseau-participative », qui vous donnera l’occasion d’une appropriation fugitive des cimaises du Centre Pompidou : un grand écran numérique, où tous les envois numériques s'afficheront les uns après les autres sur « social wall » à l'intérieur de mon exposition au Centre Pompidou ou sur votre ordinateur, tablette ou smartphone ici :  https://flockler.embed.codes/j59zej 

Merci pour votre générosité !

Le mode d’emploi de la banque du pied est extrêmement simple que ce soit au Centre Pompidou ou de chez vous à distance.

1-Vous déchaussez votre pied droit et enlevez vos bas et chaussettes

2- Vous posez votre pied nu sur une feuille A4

3-A l’aide d’un feutre vous tracez le contour de votre pied et vous indiquez en haut et à gauche de votre feuille : votre prénom, votre ville, votre pays.

4- A l’intérieur sans en dépasser les contours vous inscrivez le nom de votre idole : un maître spirituel, un écrivain ou un sportif de haut niveau. Depuis chez vous ou vous disposez de tout le temps nécessaire et surtout du matériel utile vous réalisez une production picturale. Toutes les techniques sont admises de la plume, feutre, crayons, peinture, de la photo au numérique.

5- A l’aide de votre smartphone en cadrant bien cette œuvre que vous venez de produire vous la photographiez et l’expédiez sur le e-mail :

labanquedupied@centrepompidou.fr

6- Au Centre Pompidou vous attendez patiemment que l’œuvre que vous venez de produire apparaisse et quand c’est le cas vous vous écriez : « Ca y est j’ai fait ma première expo au Centre Pompidou ! »

Et de chez vous en attente de cet événement majeur vous vous connectez sans délai sur le lien suivant :  https://flockler.embed.codes/j59zej 

Où apparaîtra d’un moment à l’autre votre pied triomphant !

Mais Fred Forest a fait bien d’autres choses dans une vie bien remplie. Il a eu trois enfants : Marylène, Jean-Luc et Adrien, il a épousé en 1999 l’artiste Sophie Lavaud lors du premier mariage au monde sur Internet en présence de Vinton Cerf son premier témoin… En 1973 il s’est révélé la vedette de la Biennale de Sao Paulo pour ses actions critiques contre le régime militaire qui sévissait à l’époque qui lui ont valu son arrestation par la police politique. Il affolé les financiers du marché de l’art en 1977 avec son opération critique et parodique du M2 artistique, en 1985 il soutient en parfait autodidacte et brillamment un Doctorat d’Etat en Sorbonne, en 1991 il  présente sa candidature pour le poste de Président de la Tv Nationale Bulgare dont la campagne a mobilisé le pays tout entier, en 1993 il installe une sculpture sonore à la frontière de l’ex-Yougoslavie d’où des messages de paix peuvent être émis du monde entier vers Sarajevo… En même temps comme créateur et Directeur d’un séminaire Européen des 1996 dans le cadre de l’Université et du MAMAC de Nice, il fait intervenir une trentaine d’artistes et de théoriciens sur les problématiques de l’art sociologique et de l’Esthétique de la communication :

https://fredforest.org/drouot/seminaire.html

deux mouvements dont il est fondateur, notamment pour le second avec Mario Costa, hélas compagnon de route disparu récemment, philosophe et contributeur essentiel à notre travail.

Entre temps comme l’indique la cartographie animée qui figure sur son site d’archives qui fait l’objet de cette exposition aujourd’hui, Fred Forest se manifeste dans le monde entier entre autres par des performances au MoMA, à Moscou sur la place Rouge et à New Delhi dans les jardins de l’Ambassade à New-Delhi...

Afin de ne rien oublier Fred Forest a publié également une dizaine de livres où il s’avère à la fois comme un théoricien accompli et original et enfin même un roman philosophique sur la communication aux éditions de l’Harmattan qui porte pour titre : « Lui ou l’appel des éléphants  »

Il a eu enfin comme partenaires et amis proches Michael F Leruth, Derrick de Kerckhove, Pierre Restany, Vilém Flusser, Mario Costa, Pierre Lévy, Pierre Moëglin, Jean Deveze, Louis-José Lestocart

Pour terminer ce tour d’horizon d’une vie bien remplie au service critique de l’Ethique, de l’art, du social vous saurez presque tout en apprenant enfin que Fred Forest s’est employé également à créer depuis 1995 plus de 70 sites Web dont certains, véritable miracle, fonctionnent encore… http://fredforest.org  et il faut le dire sans jamais recevoir une aide de l’Etat ou des Institutions qui lui ont toujours été refusée.

Moralité selon lui qui s’adresse aux jeunes générations : L’argent n’est pas nécessaire : Pour exister comme artiste seule votre détermination compte.

 

 

Biographie longue de Fred Forest

Fred Forest a une place à part dans l’art contemporain. Tant par sa personnalité que par ses pratiques de pionnier qui jalonnent son œuvre. Il est principalement connu aujourd’hui pour avoir pratiqué un à un la plupart des médias de communication qui sont apparus depuis une cinquantaine d’années. Il est co-fondateur de trois mouvements artistiques : ceux de l’art sociologique, de l’esthétique de la communication et d’une éthique dans l’art.

Il a représenté la France à la XIIème Biennale de São Paulo (Prix de la communication) en 1973, à la 37ème Biennale de Venise en 1976 et à la Documenta 6 de Kassel en 1977.

EXPOSITION AU CENTRE POMPIDOU DU 24 JANVIER AU 22 JUILLET 2024

Découvrir