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1986

Le rallye téléphonique

Œuvre réalisée à ARTCOM Köln 86, Galerie Moltekerei, Cologne (Allemagne), avec la contribution de l’émission radiophonique « L’oreille en coin » d'Emmanuel Den sur France Inter. Le 22 juin 1986, entre 16h30 et 17h00.

Communication 

Cologne (DE)

Thème: Communication

Typologie: Dispositif

ARTCOM Köln 1986, Internationales Symposium zur Kunst und Kommunikation im High Tech Zeitalt
1986

ARTCOM Köln 1986, Internationales Symposium zur Kunst und Kommunikation im High Tech Zeitalt

Voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ys2P8ZpZ4uI

Œuvre réalisée à ARTCOM Köln 86, Galerie Moltekerei, Cologne (Allemagne), avec la contribution de l’émission radiophonique « L’oreille en coin » d'Emmanuel Den sur France Inter. Le 22 juin 1986, entre 16h30 et 17h00.

Série : Type : Radiodiffusion
Réseau téléphonique
Participation des auditeurs nationaux Français et Allemands

Présentation

Le 22 juin 1986, Forest organise Le rallye téléphonique, à l’occasion de la conférence Artcom, à Cologne, et en partenariat avec France Inter. Lors de l’émission hebdomadaire « L’oreille en coin » présentée par Emmanuel Den, la radio diffuse un appel à participation. Les auditeurs sont conviés à téléphoner à un premier numéro, le correspondant appelé leur en notifie un second, l’interlocuteur suivant un troisième, et ainsi de suite. En bout de course, Fred Forest en attente à Cologne décrochera le premier appel téléphonique qui lui parvient et accueille ainsi le vainqueur. Sur une seconde ligne l’artiste est en communication permanente avec l’animateur radio de France Inter et rend compte ainsi des arrivées successives.
Ce qui importe à l’artiste dans ce rallye téléphonique c’est que dans les canaux de circulation, aucune information n’est véritablement véhiculée.
Commentaires de Fred Forest :
« Ce rallye circule dans un espace informationnel, qui se superpose à un espace géographique donné et se propage à la vitesse de la lumière. Un rallye sans représentation graphique véritablement possible par les systèmes traditionnels de la cartographie actuelle. Des impulsions électriques parcourent les câbles, se diffusent dans le réseau, progressent de relais en relais, traversent les commutateurs, bondissent vers le ciel, sautent par-dessus les montagnes, suivent un moment les autoroutes, voies de chemin de fer, les rivières, plongent enfin dans la profondeur des sols. Parcourent dans les cieux, ou sous la terre, des espaces réels et imaginaires, à des vitesses inconcevables ».

 (Extraits de Fred Forest Pionnier expérimentateur. De l’art vidéo au net art, Paris, L’Harmattan, 2004, p.154)

Prêt à décrocher son téléphone pour la remise des prix, l’artiste attend le futur gagnant de son rallye téléphonique…
En bout de course, la sonnerie retentit et Fred décroche le téléphone et décerne sur les ondes de France Inter son prix au gagnant du Rallye téléphonique. Sur une seconde ligne, l’artiste en communication avec l’animateur radio rend compte des arrivées successives dont les noms sont annoncés au fur et à mesure sur l’antenne.

Merci mille fois à Emmanuel Den, journaliste génial de l’Oreille en coin de France inter d’avoir assuré avec brio et intelligence cette émission expérimentale. Une complicité étroite est née entre nous au cours de deux autres émissions qu’il a couvertes sur mes performances  : l’une à la FIAC l’autre sur le Territoire du M2 ou il s’était déplacé en compagnie de Paula Jacques. Une autre journaliste vedette de l’Oreille en coin connue sous le nom de Kriss Graffiti , m’a également accueilli dans son émission pour la diffusion d’un conte imaginaire portant le nom de « La Hollandaise volante ».

Concept

Il s’agit de parodier l’idée du rallye automobile, en lui substituant celle du rallye radio-téléphonique ! Un rallye où la compétition engagée ne s’effectue plus sur des routes asphaltées ou des chemins poussiéreux, mais à l’intérieur de la tête. À l’intérieur de câbles aux sections de cuivre, de fibres optiques et sur des ondes hertziennes. Avec le rallye téléphonique, proclame Fred Forest, les risques d’accidents sont désormais limités. La consommation d’énergie pratiquement nulle. La pollution atmosphérique réduite à néant. Les accidents hautement improbables … Le confort est total, car vous pouvez y participer, en pantoufles, depuis chez vous, dans votre fauteuil, le combiné téléphonique (le portable aujourd’hui…) dans une main, le transistor collé à l’oreille, dans l’autre… Il s’agira de partir de n’importe quel point de départ géographique d’Europe (zone d’écoute de Radio-France…) pour rallier la ville de Cologne en Allemagne ! Rallier Cologne après avoir transité, successivement, par une série de correspondants téléphoniques dont les numéros vous seront donnés par la radio ou certains d’entre eux, une fois que vous les aurez joints au téléphone. Cette " route " téléphonique que chacun se fraye selon ses capacités de réaction, constitue le trajet à parcourir pour atteindre la destination finale. C’est-à-dire : Cologne, où l’artiste sur les lieux de la média-performance vous attend, un drapeau à la main, près de son téléphone, prompt à décrocher dès la première sonnerie. C’est à ce poste de contrôle que se tient l’artiste, accueillant dans l’ordre d’arrivée les concurrents et dressant scrupuleusement le classement.
Un rallye dont la circulation, non linéaire, en " buissons ", aux rétrécissements progressifs, s’effectue dans un espace informationnel (matériel/virtuel) en temps réel ! L’espace informationnel se superposant terme à terme à l’espace géographique réel, avec une vitesse de circulation égale à celle de la lumière. Rallye d’un genre inédit, sans représentation graphique véritable, ne pouvant être représenté, au pis aller, que par un imaginaire débridé, dont les points de repères ne relèvent d’aucune cartographie connue. Des impulsions électriques parcourent les câbles, des poussières d’électrons sont dispersées dans les airs par voie hertzienne ; et nos concurrents en lisse, vaille que vaille, avancent vers le but désigné. Des énergies et des voix parcourent les entrailles de la terre dans les méandres d’un réseau sans frontières, traversent sans ralentir des séries de relais téléphoniques, de commutateurs, d’amplificateurs, bondissent vers le ciel, sautent par-dessus les montagnes, les fleuves et les rivières, accompagnent, ici ou là, quelques trains rapides dans le noir de la nuit, avant de plonger à nouveau et de s’évanouir dans la profondeur du sol, là où même les fleurs ne respirent plus, et à plus forte raison, ne poussent plus jamais ! Dans le ciel, ou sous la terre, le rallye, à la vitesse de la lumière, explore des espaces inconcevables, et fonce, tout droit vers le but désigné par l’artiste, conduit et porté par les seules forces de l’imaginaire et la vigilance des informaticiens réseaux.

Dispositif

  • Le studio de Radio-France/France Inter pour 60 minutes d’antenne en direct
  • La collaboration d’Emmanuel Den, journaliste, présent à Paris dans le studio pour l’animation et la mise en présence des auditeurs sur l’antenne
  • Une régie son et des amplis sur les lieux de la performance
  • Un certain nombre de lignes téléphoniques
  • Le réseau téléphonique international
  • La proposition faite aux auditeurs de France-Inter consiste à les inviter à appeler un certain nombre de numéros préparés à l’avance. Numéros à partir desquels ils obtiennent… d’autres numéros, qui leur permettent d’avancer dans le rallye vers Cologne en suivant les instructions permanentes que Fred Forest, lui-même raccordé à distance à France Inter depuis Cologne, donne à l’antenne, en même temps qu’il déclame des textes accompagnés d’un fond musical et de bruitages technologiques.

Le rallye radio-téléphonique, sous la forme d’une " création radiophonique " réalisée dans le cadre de l’émission " L’oreille en coin ", donne lieu à un reportage ininterrompu pour les auditeurs de France et des pays limitrophes, très nombreux à l’écoute de cette émission.

1986 Le rallye téléphonique
1986 Le rallye téléphonique

 

Biographie longue de Fred Forest

Fred Forest a une place à part dans l’art contemporain. Tant par sa personnalité que par ses pratiques de pionnier qui jalonnent son œuvre. Il est principalement connu aujourd’hui pour avoir pratiqué un à un la plupart des médias de communication qui sont apparus depuis une cinquantaine d’années. Il est co-fondateur de trois mouvements artistiques : ceux de l’art sociologique, de l’esthétique de la communication et d’une éthique dans l’art.

Il a représenté la France à la XIIème Biennale de São Paulo (Prix de la communication) en 1973, à la 37ème Biennale de Venise en 1976 et à la Documenta 6 de Kassel en 1977.

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